L’objet du délit

J’ai commencé avec une Suzuki GN125 neuve.

Suzuki GN125

Je ne l’ai gardé qu’un an, car j’ai vite compris qu’après 12000 km, je n’allais pas m’arrêter là. On peut dire que c’est sur ce modèle que j’ai fais mes premières armes en mécanique. Il faut dire qu’elle ne m’a pas ménagé.

Elle souffrait de « trous » à l’accélération, autant impressionnants que dangereux. Le concessionnaire Suzuki local ne me croyait pas et ce ne fut qu’après plusieurs visites et une très forte « insistance » de ma part suite à une belle frayeur, qu’il « daigna y jeter un oeil »… Il n’arriva plus à la faire démarrer ! Au final, la maison mère l’informa que le moteur avait été trop serré et qu’un « produit » devait m’être envoyé pour y remédier… Je n’en ai jamais vu la couleur, et je l’ai rodé en faisant Bordeaux – Pau – Bordeaux un samedi après-midi. C’est avec elle que j’ai commencé à me méfier des concessionnaires : vidange de frein sans purge, rétroviseur non serré… et j’en passe…

J’ai trouvé ensuite une Yamaha XJ600, d’occasion cette fois-ci. Elle devait, de mémoire, n’avoir que 30000 km.

Yamaha 600XJ

Je l’ai équipé de 2 bagages latéraux de 32 litres et d’un top case de 45 (marque Givi), de poignées chauffantes et de warnings. Il faut dire que je n’avais pas d’autre moyen de locomotion et il n’était pas rare de faire 20000 km par an. J’avais développé l’art d’y faire rentrer un caddie de course. J’ai eu de très bon souvenirs (j’étais jeune à cette époque !), mais aussi beaucoup d’inquiétudes mécaniques. Bien qu’entretenue régulièrement, l’age laisse des traces. Le top case était souvent une caisse à outils lors des longs déplacements… Je me rappelle de ma première visite au circuit du Castelet, où nous avions roulé toute la nuit. Arrivé à 11h sur place, sous un soleil de plomb, le moteur cliquetait dans tous les sens ! J’étais chargé comme une mule : bagages, tentes, outillages et… la copine d’un motard qui était avec nous ! Là aussi, j’ai passé beaucoup de mécaniciens en revue pour certaines opérations pour lesquelles je n’avais ni le temps, la place et surtout la compétence… Déception sur toute la ligne… Autant d’expérience qui m’ont amené à faire de plus en plus d’opération par moi-même.

Je l’ai vendu à 89000 km à un jeune motard dont c’était le premier engin. Je crains hélas qu’elle n’ait pas fait long feu….

Vint enfin ma K75 en mai 1996. Elle n’avait que 12000 km et 6 ans ! Achetée à un papy dont c’était la 20ème BMW et qui voulait un modèle avec side pour promener maman !

Elle était dans son jus : Moustiques, liquides d’origines, bariolée d’autocollants.

Je n’ai pas tardé à mettre les mains dans la mécanique, surtout lorsque j’ai connu les prix de la main d’oeuvre chez un concessionnaire : la révision totale était annoncée à 3000 francs ! Hélas, à l’époque, point de forum, de schémas en lignes… Donc, débrouille…

Le plus dur fut de dépendre de mon concessionnaire et son « humeur »… très frustrant. Je ne disposais toujours pas d’autre véhicule et je vivais dans une résidence privée. Elle « couchait » sous un porche, et l’entretien devait être fait coute que coute pour aller bosser le lendemain ! Pas de possibilité de la laisser « en l’état » pour la reprendre le lendemain : il fallait que tout soit remonté !

Elle est équipée d’une bulle haute (non électrique), de bagages « Touring » d’origine. L’ancien propriétaire étant de petite taille, il avait fait monter une selle basse. La selle a été refaite par un sellier, suite à une épisode de gel qui a endommagé le revêtement (et à ma bêtise !). A l’arrière, j’ai ajouté un anti brouillard (fait à partir d’un anti brouillard de voiture) et elle est équipée avec des poignées chauffantes.

Ayant un temps fait partie d’une association en charge d’escorter et baliser les événements sportifs, j’avais récupéré un faisceau électrique d’une ancien moto de la police. J’ai conservé deux boutons poussoirs au niveau des commodos ainsi que d’un bouton pour les poignées chauffantes (me libérant ainsi un interrupteur sur la platine principale). Le « deux tons » que j’avais bricolés à partir des klaxons d’origine ainsi que les feux de « pénétrations » ont été enlevés depuis.

Elle n’a jamais été accidentée. Seuls déboires : renversée deux fois sur un parking par des automobilistes (honnêtes) qui ne l’ont pas vue en manœuvrant. Elle s’est aussi « couchée » lors d’un dépannage sur le plateau du remorqueur pendant un virage : bien qu’habitué à livrer des BMWs à mon concessionnaire, le garagiste l’avait mal arrimée ! Du coup, j’ai eu droit à chaque fois à un carénage neuf. Seul l’intérieur d’un des bagages a été mal réparé par le concessionnaire : le garagiste précédent était un ami du concessionnaire, ce dernier n’a pas voulu alourdir sa facture en ajoutant en plus, deux bagages !….

J’aime à dire qu’il ne me reste plus que le typhon et le tremblement de terre à vivre avec cette moto : pluie diluvienne, grêle, verglas, neige, chaleur caniculaire, froid sibérien, vent violent, brouillard « purée de pois »… J’aurais tout eu, et elle ne m’a jamais trahis ! J’ai serré tout ce que j’ai pu plus d’une fois, mais c’est toujours passé !

Aujourd’hui, fort de mon tiers de million de kilomètre (dont presque la moitié avec elle), mais toujours aussi humble face au ruban d’asphalte, j’ai ressorti les gants, le vieux cuir…

Les réflexes reviennent, les sensations aussi. Mon meilleur souvenir depuis que je l’ai ressortie ? Quand j’ai pris machinalement les clefs pour voir si la batterie neuve fonctionnait : c’était comme un électro choc, comme si je revoyais toutes ces années défiler devant mes yeux… et tout ça avec juste un bout de ferraille dans la paume de la main…..